Kaziba mon village, la lueur au lendemain

Carte de localisation de Kaziba dans la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo

… Çà et là, des morts dans mon village.  C’était douloureux. Des cris de détresse, de désolation, remplirent le village. Ici et là les personnes criaient et pleuraient la perte de leurs. Ce massacre commis par des présumés inconnus eut lieu le 28 octobre 1996 au moment précis où je naissais, et s’étendit dans toute la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo. Ce massacre est l’une de conséquences de la guerre dite de libération.

Ce massacre n’a laissé que morts et désolation. Le pillage. La destruction des maisons. Biens économiques (argents et autres biens de valeurs) volés. Les violences sexuelles à l’égard des femmes et mineurs. Les champs abandonnés et s’en est suivi l’exode rurale. La pauvreté criante et alarmante. La misère. Ce massacre a été une de conséquences de la guerre dite de libération.

Tout ceci me dit que les gens de ce village sont forts, ils ont su transformer ce massacre en une force même si jusqu’à aujourd’hui, aucune table ronde des assistances sociales, consacrée à ce massacre, ce grand malheur du temps, à côté de la pauvreté pour ceux qui vivent et travaillent dans ce village n’a été organisée.

«Les intimidations. Les chantages. Les agressions. Les menaces de mort et donc ensuite la mort » me raconta un Vieux. L’ordinaire de ce village tel qu’il a été raconté, tel que je l’ai entendu moi-même mille fois. Tellement raconté qu’on finit à l’extérieur pour ne plus en parler du tout. Et de personne à une autre personne, les masques tombées. Les souvenirs peureux se disaient enfin sans peur. La confiance se dessinait et la parole prenait place. Je pense à ces autres victimes de mon village qui n’avaient pas le droit de parler. Ils se taisaient, rongeant leur frein, ressassant leur rancœur, noyant leur chagrin dans un grand sentiment d’impuissance qui les exonérait d’un coup de toute responsabilité : «  ce n’était pas à nous de faire, nous n’y pouvions rien et puis tout c’était de la faute à… ».

Aujourd’hui malgré les combats, les luttes, le gout amer de l’impuissance aigrit ceux qui veulent croire à des lendemains meilleurs. Les mots parlent d’espoir mais les cœurs n’y est plus. Les lendemains qui chantent, on n’y croit plus. Le couvercle est trop lourd.

Dans le monde actuel, le gouvernement, le patronat, les sphères « autorisées » se donnent l’air de savoir mais que l’on ne s’y trompe pas : dans ces lieux où l’on décide, où l’on parle pour les autres, le sentiment d’impuissance existe tout autant. Mais subtilement, il s’exprime plutôt sous la forme d’un cynisme raffiné. Nous y reviendront… les difficultés, les conditions socioéconomiques n’y sont pas les mêmes. Il est vrai qu’en haut de l’échelle, on craint moins pour sa carrière et son niveau de vie. Pourtant la aussi persiste cette pensée que les choses importantes se décident ailleurs et que l’on est toujours le jouet de forces globales. Ainsi tout le monde, plus ou moins, exprime d’une certaine façon un désarroi créé par l’absence générale de réponse face au changement du monde actuel.

à suivre…

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