Suivre le schéma de l’école : un extrait tiré de mon livre Entre l’école et la société : quelle adéquation

Suivre le schéma de l’école

Les années passèrent et il y a une chose que je ne parvenais pas à bien comprendre. Notre école fonctionnait encore sur un schéma data d’une époque révolu. « Un enseignement ayant pour objet de former un homme à engager dans l’administration ». Un enseignement à la tracte d’une société extrêmement explosive où chacun a sa place d’employé selon son domaine. Rien de cela n’est conscient, tout se passe comme si cette école avec un système d’enseignement hérité chez les colons belges – qui n’a subi aucune réforme – ait à l’origine de nouvelles inégalités.

Aujourd’hui, ce système explose, l’échec à l’école signe une forme de mort sociale. Contrairement à ce qui devrait se passer réellement, ceux qui ne parviennent pas à réussir à l’école – en tout cas la plupart d’entre eux – n’ont plus de place reconnue dans la société. Dans mon pays la République Démocratique du Congo, ils sont nombreux.  Dans mon village, l’échec scolaire conduit à ce choix : obtenir la reconnaissance sociale en contournant les rouages légaux du système. Ajoutons que les diplômes, comme on le sait, n’ont plus tous la même valeur et qu’obtenir un diplôme ne signifie pas suffisamment avoir le privilège d’un métier.

Je me demande alors si cela est le cas pour les jeunes diplômés, quel en sera le sort pour les non diplômés ? C’est vrai que tous les élèves ne réussissent pas également à l’école. Mais tout cela serait admissible dans mon village et même dans mon pays de permettre à ceux qui échouaient de trouver de même leur place au sein de la collectivité active : quitter l’école pour faire un apprentissage, puis travailler dans les industries- si elles existent- l’agriculture et partout où la société pourrait permettre l’emploi des personnes non diplômées. Ces postes vraiment n’existent pas dans mon village et dans mon pays. Ces élèves qui quittent l’école ne trouvent ni travail, ni utilité sociale. Ils sont jugés à répondre à leur propre sort : l’échec scolaire. Dans mon village, le risque est de trouver une part des jeunes perdue, abandonnée et bientôt « exclue ». C’est ainsi que certains d’entre eux sont et d’autres seront entré de vivre dans la délinquance, la dépression ou la violence, d’autant plus qu’ils vivent et vivront dans une société de consommation, exposée à des spectacles qui suscitent l’envie et la jalousie.

Dans mon école et presque dans tout mon pays, persiste la tendance à rejeter sur les autres, forcément coupables, la responsabilité des parents des phénomènes d’échec. Et au-delà des échecs scolaires, je peux qualifier aussi les échecs dans la vie qui conduisent à la pauvreté, à la misère. Dans un premier temps, les parents accusent les enseignants ou les responsables gouvernementaux, les élèves accusent le gouvernement et les parents. Dans un second temps, les parents s’associent  aux accusations des jeunes diplômés sans travail et accusent ensemble le gouvernement. Pourtant le gouvernement devrait créer un cadre d’encadrement des jeunes diplômés pour la création d’emplois et des richesses dans le pays, le gouvernement quant à lui se tourne le dos et accuse à son tour les jeunes diplômés qui ne sont pas des créateurs d’emplois. Or il est évident qu’à se rejeter la faute ainsi, la capacité d’action est paralysée. Les uns et les autres nourrissent du ressentiment et quand ils essaient de changer, ce changement ne peut que s’inspirer des préjugés et des appréhensions. Non seulement l’action est vouée à l’échec – puis que les causes réelles sont ignorées – mais elle aggrave une situation déjà incendiaire. Les préjugés entretiennent la victimisation et les maintient dans une situation de crise.

A suivre…

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